• Conte d'Afrique

    Les deux amis

    Il était une fois deux amis sincères. L'un avait épousé une très belle jeune fille, l'autre avait eu moins de chance car sa femme était laide.
    Un jour de grand marché, ce dernier vint inviter son camarade.
    "Mon cher ami, lui dit-il, j'aimerais que nous allions ensemble au village." L'autre déclina l'invitation en prétendant qu'il était trop fatigué pour sortir. "Dans ce cas, j'aimerais que ton épouse te remplace. Qu'elle mette son plus beau pagne, ses perles et ses bracelets d'argent ! Nous irons ensemble au marché." Le mari appela sa femme et lui demanda de se parer pour accompagner son ami.
    Les deux jeunes passèrent toute la journée au marché. Le soir, l'homme invita l'épouse de son ami à le suivre chez lui. Elle accepta et ce n'est que trois jours plus tard qu'ils revinrent chez l'époux. Celui-ci ne fit aucune observation à propos de l'absence de sa jeune femme. Par contre, tout le village jasait. "Comment ? Est-ce possible ? Avec l'épouse de son meilleur ami ?... Vous dites qu'ils échangent leurs femmes ? Ah vraiment ! Des amis que l'on disait si sincères..." Les calomnies et les ragots fusaient de toutes parts, colportés de-ci et de-là par les "munafika" et les gens médisants et sournois.
    Le mari avait tout entendu. Excédé par ces critiques, il résolut de mettre son ami à l'épreuve. La chose serait aisée. Il suffisait de commander une douzaine de flèches empoisonnées, et... c'est ce qu'il fit. Au petit matin, il prit son arc et son carquois. Il arriva peu après devant le "yiri" de son ami. Ayant été tiré de son sommeil par les appels, ce dernier sortit enveloppé dans sa couverture et vint s'assoir sur un banc. Son ami se tenait à trois pas. Il déclara qu'il était venu essayer ses flèches empoisonnées. L'autre comprit immédiatement.
    Il adressa cette prière à Wênde :"Mon Dieu, vous savez bien que je n'ai pas trahi mon ami. S'il en était autrement, faites que je sois puni !" et, se tournant vers son camarade, il déclara simplement: "Je suis prêt !" L'homme banda son arc. Les deux premières flèches partirent obliquement et virent se ficher dans le banc. Les deux suivantes firent de même. A la troisième tentative, l'arc se rompit. Alors les deux amis se serrèrent la main.
    "J'attendais ta visite, es-tu satisfait ?
    - Oui, j'ai voulu éprouver notre amitié !
    - Moi aussi je voulais savoir si j'étais capable de passer trois jours en compagnie de l'épouse de mon ami sans le trahir. Maintenant, nous savons que nous sommes de vrais amis !"

    L'amitié a besoin de telles épreuves pour croître et se renforcer.
    C'est pourquoi les massi disent volontiers que l'amitié sincère repose sur la confiance dans les paroles et dans les actes.

    Ce conte a été conté par mon grand-père dans notre village il y a dix ans aujourd'hui que je te le conte pour le plaisir d'amitié, car en Afrique, surout dans les villages africains, chaque soir quand la lune éclaircit le village, les vieux racontent des contes aux enfants qui les entourent pour écouter.
    Explication des mots : Munafica = espion, Wênde = Dieu, Yiri = domicile (yiri, c'est en langue mooré /la langue la plus parlée au Burkina-Faso)..


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