• Conte de Norvège

    ERIK, le paysan rusé

     

    Un jour, un paysan était allé dans la forêt avec son cheval et son traîneau pour faire la provision de bois. Il n’avait pas terminé son ouvrage qu’un énorme ours s’approcha de lui et lui dit :
    - Donne-moi ton cheval sinon cet été, tu pourras faire attention à tes moutons.
    - Oh l’Ours ! répondit le paysan, il ne me reste pas plus de bois à la maison, pas une seule petite bûche. Je t’en prie, laisse-moi ramener cette charge de rondins jusque chez moi. Tu ne voudrais pas que je meure de froid ? Demain, je te promets de te ramener le cheval.
    L’ours le laissa partir mais lui signifia que s’il ne tenait pas sa promesse, il le payerait très cher.

     

    En chemin, il rencontra un renard. Celui-ci en voyant son air triste lui demanda :
    - Pourquoi as-tu l’air si malheureux ? dit le rusé compère.
    - Oh le Renard ! répondit le paysan, j’ai rencontré l’ours dans la forêt et il m’a fait promettre de lui ramener mon cheval demain sinon, il s’attaquera à mes moutons cet été.
    - Ce n’est pas si terrible ! dit le renard. Si tu promets de me donner le plus gras des agneaux de ton étable, je te délivrerai de ta promesse à l’ours.
    Le paysan trop heureux de sauver son cheval accepta avec empressement.
    - Ecoute bien, dit le renard. Demain, tu amèneras ton cheval à l’ours. Je serai sur le sommet de la colline et je chanterai tellement fort que l’ours ne manquera pas de te demander " mais qu’est-ce que cela ? " Tu auras simplement à lui répondre " C’est Pierre, le chasseur ". Pour le reste, tu n’as pas besoin de t’inquiéter.

    Le lendemain, le paysan conduisit son cheval comme prévu. Il allait le lui remettre le cheval quand il entendit une chanson.
    - Qu’est-ce que cela ? demanda l’ours, visiblement inquiet.
    - Ce n’est que Pierre, le chasseur, le meilleur tireur de toute la région.
    - N’as-tu vu aucun ours dans la forêt ? demanda une voix venant du haut de la colline.
    - Réponds que non, lui souffla l’ours.
    - Non, chasseur, je n’ai vu aucun ours, répondit le paysan.
    - Mais dis-moi, qu’est-ce qui se tient à côté de toi ? demanda encore la voix.
    - Dis-lui que c’est un vieux tronc d’arbre, lui souffla l’ours.
    - C’est un vieux tronc d’arbre que je vais charger, dit le paysan.
    - Veux-tu que je descende pour t’aider à le charger ? demanda la voix.
    - Attache-moi vite et dit que tu as terminé, souffla l’ours.
    - Je te remercie mais c’est déjà fait, dit le paysan. Il attacha l’ours de telle façon qu’il ne pouvait plus remuer.
    La voix s’éleva à nouveau et demanda :
    - Comment se fait-il que tu n’aies pas encore planté ta hache dans le tronc comme le font tous les bûcherons ?
    Le paysan prit sa hache et, d’un coup net, brisa le crâne de l’ours. Il s’en retournait chez lui lorsque le renard surgit au premier carrefour. Tous les deux prirent le chemin de la maison mais arrivé à proximité de l’entrée du village le renard s’arrêta.
    - Je ne veux pas aller plus loin. Je crains tes chiens. Va me chercher l’agneau mais mets-le dans un sac pour que personne ne se doute de ma présence.

    L’homme rentra dans la bergerie et se préparait à mettre un agneau bien dodu dans un sac quand sa femme arriva.
    - Mais qu’est-ce que tu fais ? demanda celle-ci.
    - Je vais porter un agneau au renard, dit le paysan. Il m’a délivré de l’ours et je le lui ai promis.
    - Un agneau pour le renard ! s’exclama la ménagère. Sais-tu combien de poules et de canards il a déjà volé ? Il m’en volera encore, ça, j’en suis certaine. Il s’est déjà bien payé sans ton concours. Mets les chiens dans le sac et offre-les lui.

     

    L’homme trouva ce conseil judicieux. Il mit ses deux chiens dans un sac et revient vers le renard qui l’attendait avec impatience et se pourléchait déjà les babines.
    - Ah te voilà ! Ouvre vite ton sac et grand merci, dit le renard.
    Les chiens s’échappèrent et se jetèrent sur le renard qui surpris, n’eut pas le temps de s’enfuir.
    Le paysan et ses deux chiens revinrent vers la maison trop heureux d’avoir sauvé à la fois le cheval et l’agneau.

     

     


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