• Emile Zola

    EMILE ZOLA
    1840-1902


    «Je n'ai qu'une passion, celle de la lumière, au nom de l'humanité
    qui a tant souffert et qui a droit au bonheur.»
    J'accuse!


    SES OEUVRES NUMÉRISÉES


    Pas une parole n'était échangée. Ils tapaient tous,
    on n'entendait que ces coups irréguliers, voilés et comme lointains.
    Les bruits prenaient une sonorité rauque, sans un écho dans l'air mort.
    Et il semblait que les ténèbres fussent d'un noir inconnu,
    épaissi par les poussières volantes du charbon,
    alourdi par des gaz qui pesaient sur les yeux.
    Germinal
    Des jeunes gens antisémites, ça existe donc, cela ? Il y a donc des cerveaux neufs,
    des âmes neuves, que cet imbécile poison a déjà déséquilibrés ?
    Quelle tristesse, quelle inquiétude, pour
    le vingtième siècle qui va s'ouvrir !

    Lettre à la jeunesse


    Ce devait être une nature intelligente noyée au fond de la pesanteur de sa race et de sa classe,

    un de ces esprits tendres et exquis logés en pleine chair, et qui souffrent de ne pouvoir
    sortir rayonnants de leur épaisse enveloppe.

    La Fortune des Rougon

    Les fleurs se fanaient dans les grands cornets d'argent ciselé.

    Et les convives s'oubliaient là un instant, en face des débris du dessert,
    béats, sans courage pour se lever. Un bras sur la table, à demi penchés,
    ils avaient le regard vide, le vague affaissement de cette ivresse mesurée et décente
    des gens du monde qui se grisent à petits coups. Les rires étaient tombés,
    les paroles se faisaient rares. On avait bu et mangé beaucoup,
    ce qui rendait plus grave encore la bande des hommes décorés.

    Depuis qu'elle allait avec d'autres pour le nourrir, elle l'aimait davantage,
    de toute la fatigue et de tous les dégoûts qu'elle rapportait. Il devenait
    son vice, qu'elle payait, son besoin, dont elle ne pouvait se passer,
    sous l'aiguillon des gifles. Lui, en voyant la bonne
    bête, finissait par abuser.

    Nana


    Une haleine froide, venue de loin, par-dessus les toits, lui glaçait le sang.

    Était-ce cette misère du monde, cette réalité triste, dont on lui parlait
    comme on parle du loup aux enfants déraisonnables ? Elle en
    gardait une douleur, rien que d'avoir été effleurée.


    Le Rêve
    Lentement, il recula d'environ trois cents mètres, pour prendre du champ. Et, ayant poussé au feu,
    dépassant même la pression permise, il revint contre le mur qui barrait la voie, il y jeta la Lison,
    de toute sa masse, de tout le poids du train qu'elle traînait. Elle eut un han ! terrible de
    bûcheron qui enfonce la cognée, sa forte charpente de fer et de fonte en craqua.
    Mais elle ne put passer encore, elle s'était arrêtée, fumante, toute vibrante du
    choc. Alors, à deux autres reprises, il dut recommencer la manoeuvre,
    recula, fonça sur la neige, pour l'emporter ; et, chaque fois, la Lison,
    raidissant les reins, buta du poitrail, avec son souffle enragé de
    géante. Enfin, elle parut reprendre haleine, elle banda ses
    muscles de métal en un suprême effort, et elle passa,
    et lourdement le train la suivit, entre les deux
    murs de la neige éventrée. Elle était libre.
    La Bête humaine
    Il [le roi de Prusse]attendait l'inévitable résultat de la bataille,
    les yeux sur l' échiquier géant, occupé à mener cette poussière d'hommes,
    l' enragement de ces quelques points noirs, perdus au milieu de l'éternelle et souriante nature.


    Il [le roi de Prusse]attendait l'inévitable résultat de la bataille,
    les yeux sur l' échiquier géant, occupé à mener cette poussière d'hommes,
    l' enragement de ces quelques points noirs, perdus au milieu de l'éternelle et souriante nature.
    La Débâcle


    Vue d'ensemble des 20 livres
    des Rougon-Macquart: histoire naturelle
    et sociale d'une famille sous le second Empire:
    La Fortune des Rougon, 1870; La Curée, 1872; Le Ventre de Paris, 1873, La Conquête des Plassans, 1874; La Faute de l'Abbé Mouret, 1875; Son Excellence Eugène Rougon, 1876, L'Assomoir, 1877; Une page d'amour, 1878; Nana, 1880; Pot-Bouille, 1882; Au Bonheur des Dames, 1883; La Joie de vivre, 1884; Germinal, 1885; L'Oeuvre, 1886; La Terre, 1887; Le Rêve, 1888; La Bête humaine, 1890; L'Argent, 1891; La Débâcle, 1892; Le Docteur Pascal, 1893.








    Le crépuscule était venu. Une clarté louche flottait au-dessus de la nappe limoneuse.

    Le ciel pâle avait l'air d'un drap blanc jeté sur la terre. Au loin, des fumées traînaient.

    Tout se brouillait, c'était une fin de jour épouvantée s'éteignant dans une nuit de mort.

    Et pas un bruit humain, rien que le ronflement de cette mer élargie à l'infini,

    rien que les beuglements et les hennissements des bêtes !

                 - Mon Dieu! mon Dieu ! répétaient à demi voix les femmes,

    comme si elles avaient craint de parler tout haut.

    Un craquement terrible leur coupa la parole.

    Les bêtes furieuses venaient d'enfoncer les portes des étables.

    Elles passèrent dans les flots jaunes, roulées, emportées par le courant.

    Les moutons étaient charriés comme des feuilles mortes, en bandes, tournoyant au milieu des remous.

    Les vaches et les chevaux luttaient, marchaient, puis perdaient pied.

    Notre grand cheval gris surtout ne voulait pas mourir; il se cabrait, tendait le cou,

    soufflait avec un bruit de forge ; mais les eaux acharnées le prirent à la croupe,

    et nous le vîmes abattu, s'abandonner. Alors, nous poussâmes nos premiers cris.

    Cela nous vint à la gorge, malgré nous. Nous avions besoin de crier. Les mains tendues

    vers toutes ces chères bêtes qui s'en allaient, nous nous lamentions,

    sans nous entendre les uns les autres, jetant au-dehors les pleurs

    et les sanglots que nous avions contenus jusque-là.

    Ah ! c'était bien la ruine les récoltes perdues, le bétail noyé, la fortune changée

    en quelques heures ! Dieu n'était pas juste nous ne lui avions rien fait, et il nous reprenait tout.

    Je montrai le poing à l'horizon. Je  parlai de notre promenade de l'après-midi, de ces prairies, de ces blés,

    de ces vignes, que nous avions trouvés si pleins de promesses. Tout cela mentait donc ? Le bonheur mentait.

    Le soleil mentait, quand il se couchait si doux et si calme, au milieu de la grande sérénité du soir.

    L'Inondation, 1882.
    Son oeuvre dans La Pléiade



    Photo de Veroniqua Leuillot, dans La page du mois
    La maison de Zola à Medan, "payée par la littérature" et consacrée au travail:
    la tour carrée, rajoutée, s'appelle Nana, comme la barque grâce à
    laquelle l'auteur des Rougon-Macquart canotait sur la Seine
    et visitait son chalet sur la petite île de Paradou.
    La tour hexagonale, rajoutée, elle aussi,
    s'appelle Germinal.


    «J'ai l'hypertrophie du détail vrai, le saut dans les étoiles sur le tremplin de l'observation exacte.
    La vérité monte d'un coup d'aile jusqu'au symbole.»
    Lettre à Henry Céard sur Germinal
    Correspondance d'Émile Zola
    Notes biographiques






    AFFAIRE DREYFUS
    J'ACCUSE

     

     

    Alfred Dreyfus, né en 1859, officier juif d'origine alsacienne,
    accusé d'espionnage, condamné en 1894 et déporté (affaire du bordereau);
    son procès sera annulé en 1899 et il sera recondamné puis grâcié la même année.
    Justice lui sera enfin rendue avec la cassation du jugement en 1906 et sa nomination au grade
    de Chevalier de la Légion d'honneur! Le célèbre article de Zola, de 1898, y fut pour beaucoup.




    Caveau de la famille d'Alfred Dreyfus au Cimetière
    Montparnasse: on voit où mène l'antisémitisme

     

     

    «Je n'ai pas voulu que mon pays restât dans le mensonge et dans l'injustice.»
    «Un jour, la France me remerciera d'avoir aidé à sauver son honneur.»

    Déclarations d'Émile Zola au jury lors de son procès.





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