On peut considérer que les jurons sont des injures que l'on s'adresse à soi-même, alors que les injures sont des jurons que l'on adresse à autrui. Ainsi, peut-on s'écrier « putain ! » si l'on tape sur ses doigts avec un marteau et traiter un quidam de « fils de pute !» s'il vous frappe avec le même outil !
Force est de constater que dans le langage des cités où la modération n'est guère de mise, jurons et injures fusent de tous bords : ras-le-bol ! (et sa variante plus imagée ras-le-cul !), ça baigne ! ça mousse ! bordel ! ça crache ! ça me plombe !(cela m'ennuie ), c'est trop halluciné ! (je n'en reviens pas), zarma ! (putain !), relou ! bouffon ! (mot français du XVIème siècle dérivé de l'italien buffone), chelaouam ! (verlan de lâche-moi !). Quant à fuck ! chapiteau ! à connotations sexuelles, ils font presque pâle figure à côté des injures et interjections diverses, ethniques et racistes : toubab, fils de Clovis, blonblon, Chabert, rillette, roum et roumi pour désigner tout homme blanc. L'asiatique : un bridé, miaou ou tchouné (déformation phonétique de chinois), l'africain : un black, cafard, blacko, kahlouche(un noir en langue arabe), Keubla ou greune(verlan de black et de nègre), l'arabe : rabza, rabzouille, reubeu, sidi.
Les policiers ne sont pas en reste et sont affublés de surnoms tout aussi pittoresques qu'injurieux comme arhnouch (le serpent en arabe dialectal marocain, parce que le policier siffle comme un serpent), condé(en argot l'indicateur du policier), keuf, coy, (McCoy héros de série policière américaine) ou encore guisdé-kisdé(qui se déguise et désigne le policier en civil)etc
En un mot, l'imagination au pouvoir ! De quoi rassurer tous ceux qui craignaient que le français ne devînt une langue morte !